Le dormeur du Sivens

Mes parents habitent un coin perdu du Tarn, entre Tescou et Tescounet. « C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent; où le soleil, de la montagne fière, luit; c’est un petit val qui mousse de rayons ».

Hélas, comme chez Rimbaud, ce petit val abrite un dormeur, qui ne se réveillera pas.

sivens2Certes, ce jeune homme n’est pas de mon camp (vous vous en doutez). Mais il faut être gauchiste pour se réjouir de la mort d’un homme.

Après ma petite enquête sur place, j’ai obtenu la version officieuse des gendarmes. Le brave manifestant se serait pris une grenade lacrymogène dans le dos, qui aurait mis le feu à l’arsenal qu’il portait dans son sac.

Quand on part au carton contre les gendarmes mobiles, il ne faut pas s’étonner de se ramasser une grenade lacrymogène. Quand on a un sac bourré d’engins incendiaires, il ne faut pas s’étonner s’il explose. Tous les députés de gauche s’en sont bien souvenus lors des Manifs Pour Tous. L’usage des grenades contre des nervis homophobes d’extrême droaaaate est parfaitement légitime pour défendre les valeurs républicaines (TM). Cela semble plus compliqué lorsque la victime est alter-mondialiste à tendance anarchiste.

Apparemment, les petits camarades du mort refusent de rendre le sac à dos de la victime aux enquêteurs. On comprendra qu’il s’agit d’une pièce essentielle pour établir les circonstances du décès.

Cette affaire ressemble finalement fort à celle de Clément Méric. Un type jeune veut faire sa révolution dans son coin, en allant se heurter à plus fort que lui. Il en meurt.

Le mur du Réel, sacrée saloperie réactionnaire.

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Catégories :Société

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13 réponses

  1. Meme sans l histoire du sac, quand on va faire le con et affronter les gendarmes, sur un lieu réputé pour la violence des dits affrontements, faut pas s ‘étonner de morfler. C’est con mais c’est ainsi.

    • Si ce jeune homme avait été au catéchisme au lieu de perdre son temps à jouer à la playstation il aurait su que celui qui vit par le glaive, périra par le glaive. Mais certains ne manqueront pas d’objecter que je ne suis qu’une pourriture de catholique intégriste, raciste et homophobe, donc je vais m’abstenir. Mais quand même, à son âge, ne pas savoir que le feu ça brûle et que les engins explosifs, surtout s’ils sont artisanaux, ont une fâcheuse tendance à exploser, ça dénote une tendance certaine au dilettantisme scolaire.

      Paix à ses cendres.

    • « c’est con mais c’est ainsi »: Cher Corto, vous ne savez pas qu’au XXIè siècle, on peut modeler le monde? Les choses qui ne nous plaisent pas ne sont pas « c’est ainsi ».
      D’ailleurs, c’est ainsi se traduit littéralement par Amen. C’est bien la preuve de vos références nauséabondes 😉

  2. Remarque à propos de votre conclusion sur le contexte (et non remarque sur le fond)
    Non, le contexte n’est pas le même que dans l’affaire Méric où les antifas s’en étaient pris gratuitement à Esteban. Ici le jeune Rémi a inscrit son action dans une contestation populaire plus vaste. C’est d’ailleurs aux forces de l’ordre qu’il s’en est pris, et non à un autre jeune qui passait.

  3. effectivement ça explique mieux son décès car une grenade offensive utilisée en plein air est inoffensive ou presque car sans éclats, l’enveloppe étant en tôle très fine.
    Sauf à se prendre le bouchon allumeur dans la tempe le pire qu’on risque c’est de perdre quelques cellules auditives.

  4. Un Prussien mort

    Couché par terre dans la plaine
    Sous une aigre bise du nord
    Qui le fouettait de son haleine,
    Nous vîmes un Prussien mort.

    C’était un bel enfant imberbe,
    N’ayant pas dix-huit ans ans encor.
    Une chevelure superbe
    Le paraît de ses anneaux d’or,

    Et sur son cou, séchée et mate,
    Faisant ressortir sa pâleur,
    La large blessure écarlate
    S’ouvrait comme une rouge fleur.

    Il montrait son regard sans flamme,
    Étendant ses bras onduleux.
    Et l’on eût dit que sa jeune âme
    Errait encor dans ses yeux bleus.

    Il dormait, le jeune barbare,
    Avec un doux regard ami ;
    Un volume grec de Pindare
    Sortait de sa poche à demi.

    C’était un poëte peut-être,
    Divin Orphée, un de tes fils.
    Qui pour un caprice du maître
    Est mort là, brisé comme un lys.

    Ah ! sans doute, au bord de la Sprée,
    Une belle enfant de seize ans
    À la chevelure dorée
    En versera des pleurs cuisants,

    Et toujours parcourant la route
    Qu’il suivait en venant les soirs,
    Une mère de plus sans doute
    Portera de longs voiles noirs.

    Il est parti bien avant l’heure,
    Jeune et pur, sans avoir pleuré.
    Pour quel crime faut-il qu’il meure.
    Cet enfant à l’œil inspiré ?

    Peut-être que sa mort est juste,
    Et ne sera qu’un accident
    S’il se peut que son maître auguste
    Devienne empereur d’Occident,

    Et qu’en sa tragique folie,
    Monsieur le chancelier Bismarck
    Prenne d’une main l’Italie
    Et de l’autre le Danemark !

    Ah ! Bismarck, si tu continues,
    De ces beaux enfants chevelus
    Aux douces lèvres ingénues
    Bientôt il n’en restera plus!

    Octobre 1870.

    THÉODORE DE BANVILLE (1823-1894)
    http://abardel.free.fr/hypotextes/un_prussien_mort.htm

    cela dit, je préfère le poème de Rimbaud, composé après (et d’après …) celui-ci.

    Le Dormeur du val

    C’est un trou de verdure où chante une rivière
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert ou la lumière pleut.

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

    Octobre 1870.

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