Pourquoi je suis moyennement libéral: le libéralisme économique (2/3)

Le libéralisme économique serait donc un dérivé du libéralisme politique.

« Cette école de pensée estime que les libertés économiques (libre-échange, liberté d’entreprendre, libre choix de consommation, de travail, etc.) sont nécessaires en matière économique et que l’intervention de l’État doit y être aussi limitée que possible. »

Le libéralisme est bon car il combat la tentation étatiste de tout mettre en équation

Friedrich Hayek dit en substance que les relations entre les gens sont tellement complexes, les décisions étant parfois fondées sur des éléments irrationnels ou non-quantifiables, utilisant des milliards d’informations, fluctuant en permanence, que cela ne peut être mis en équation. Toute intervention de l’État dans ces circuits complexes pourra éventuellement avoir des effets positifs sur un premier cercle, mais personne ne pourra estimer quels seront les impacts sur un deuxième cercle, troisième cercle, etc.

English: GFDL picture of F.A. Hayek to replace...

Friedrich Hayek

Par exemple, le fameux exemple des subprimes américains est la résultante d’une décision politique ahurissante (« la croissance aux US dépend de la consommation intérieure, la consommation intérieure dépend de la richesse des ménages, qui elle dépend des prix de l’immobilier, qui lui dépend du nombre d’acheteurs, qui dépend du taux d’intérêt. Donc un taux d’intérêt quasi-nul est le levier principal de la croissance aux US »). Exemple criant de cette orgueil insensé qui croit pouvoir prévoir les impacts réels d’une politique volontariste. La politique de taux zéro aux US est donc la principale raison de la crise, bien avant l’avidité prétendue des banquiers. Et la politique d’assouplissement quantitatif, décidée par la fed, sera bien pire encore.

La France est devenue la spécialiste pour former et valoriser les brillants cerveaux qui pensent pouvoir réduire le monde en équations. Cécile Duflot, malgré son diplôme de l’ESSEC, est de ce matériau-là. Sa tentative d’encadrement des loyers parisiens, qui part d’un diagnostic juste (« le prix de l’immobilier est trop élevé en région parisienne »), s’enfonce dans les méandres d’une pensée volontariste. Le réel se chargera de rappeler à ses électeurs, dans quelques années, les déboires que ne me manqueront pas de susciter cette loi.

A nouveau, comme pour le libéralisme politique, il suffirait d’avoir un ensemble de lois fondamentales que l’État se charge de faire respecter plutôt que de s’immiscer dans des domaines où il n’est pas légitime mais où il est surtout contre-productif. La question reste de savoir quelles sont ces lois fondamentales, qui les fixe, les contrôle, les révoque?

Enfin, en se développant, l’État favorise les prébendes et autres copinages. Le financement d’associations devrait par exemple être strictement interdit, comme celui des syndicats, médias, clubs de football, etc. Sans parler des contrats de BTP, financements occultes, comités théodules pour recaser ses anciens amis. Les différentes politiques de décentralisation, en augmentant le nombre d’étages politiques et administratifs, a fait plonger les comptes dans le rouge et jeté la moralité générale à la cave. De plus, l’État a tendance à accorder plus de bénéfices sociaux à ses agents, pour maintenir une paix sociale au sein de ses administrations, aux frais des contribuables.

Voilà pour la partie positive.

Pour les critiques, j’en vois trois:

Le libre échange n’est pas forcément juste : imaginons que le prix du blé en Égypte soit très inférieur à celui du blé européen. Un courtier ira donc faire ses emplettes de grain au Caire pour les revendre en Europe. Le temps que tous les bénéfices supposés du libéralisme arrivent (le producteur va gagner plus d’argent, nouvelles terres mises en culture, etc.), la pénurie de blé pas cher va entrainer la famine en Égypte. Je trouve normal qu’un État protège certains secteurs de son économie pour protéger ses citoyens. Quand une banque internationale a les moyens de prendre une part importante du marché d’un bien quelconque, c’est tous les autres intervenants de ce marché qui sont bousculés.

La moralité de la société dépend de la moralité de ses acteurs. Le développement du « connard » semble sans limite (voir l’amusant livre de Aaron James sur le phénomène du connard moderne, qui ne voit pas en quoi son comportement nuit au reste de la société), au point tel que la société bascule. C’est la deuxième théorie amusante de Cipolla (Les lois fondamentales de la stupidité humaine) sur les liens entre crétins, stupides, bandits et intelligents, et l’impact sur l’évolution de la société. Quand les intelligents deviennent bandits, la civilisation s’effondre. Les plus productifs ne s’occupent plus que de s’enrichir, sans s’occuper du sort du reste de la société. Le libéralisme ne peut contrer cela, il en prendra seulement acte.

L’État peut intervenir dans l’économie, en jouant un rôle de catalyseur sur certains projets. Dans certaines situations, l’État doit être plus qu’un régulateur. Par ailleurs, l’État demande aux citoyens d’avoir des comportements patriotiques en payant leur impôt en France (plutôt que de « fuir » en Russie ou en Belgique). L’État aura ainsi du mal à se dégager de ses obligations en ne choisissant pas des fournisseurs français, même s’ils sont plus chers. Quand l’État achète des Subaru pour la police mais pourchasse Depardieu, il y a une sorte d’incohérence.

A nouveau, au vu de la structure historique de la société, la moralité en France doit venir d’en haut. Les citoyens de la République se voient comme des sujets non plus du Roi mais de l’État. Ils attendent qu’il les régule mais aussi qu’il les guide, encourage les bons comportements et punisse les mauvais. Sans pour autant réduire le monde en équations.

Et quand on regarde l’évolution de nos élites politiques et économiques, qui tournent progressivement d’intelligents à bandits, je me dis que nous n’avons pas fini de descendre.

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Catégories :Economie, Idéologie

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6 réponses

  1. Je gage que l’offre immobilière serait autrement plus importante, et mécaniquement les prix baisseraient, si la Duflot abrogeait toutes les lois qui protègent les mauvais payeurs. Il en irait de même dans le secteur des HLM. On ne compte plus les familles qui ont des mois voire une ou deux années d’impayés et qui ne se font pas lourder.

    • Voilà la solution. Détricoter un ensemble de lois dont l’efficacité est plus que douteuse, qui n’enrichissent que les avocats et les esprits tordus qui aiment se jouer des régulations. Les honnêtes gens n’ont pas cette tournure d’esprit, ils se conforment à la norme sans discuter. Et ils paient plein pot!
      J’ai l’impression que ces règles poussent les intelligents à devenir des bandits, à exploiter les failles. En toute légalité.
      Pour les HLM, la mixité sociale imposée, la politique volontariste du gouvernement est contre-productive

  2. Un article intéressant sur ce capitalisme de connivence que j’ai parfois évoqué dans des billets ou commentaires : http://www.ndf.fr/poing-de-vue/05-07-2013/ivry-victime-du-liberalisme-non-ivry-victime-du-communisme

  3. Je vous trouve bien naïf, Droite d’avant.

    Concernant les subprimes, voilà ce qu’en disait Jorion, qui vaut largement mieux que ne voudraient le faire croire les libéraux fanatiques :

    http://fortune.fdesouche.com/15383-les-vraies-raisons-de-la-crise-des-%C2%AB-subprime-%C2%BB

    Quant à la Fed, il s’agit d’un conglomérat de banques privées :

    http://fortune.fdesouche.com/26390-%C2%AB-les-secrets-de-la-reserve-federale-%C2%BB

    http://fortune.fdesouche.com/3970-les-secrets-de-la-reserve-federale-institut-d%E2%80%99emission-monetaire-des-etats-unis

    Pour le reste, les reproches aujourd’hui adressés à l’étatisme ne tiennent pas compte d’un élément essentiel, qui est que les grandes entreprises monopolistiques et lobbyistiques ont les moyens d’acheter ce qu’elles veulent, même les gouvernements et les parlements, illustrations :

    http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2012/09/01/en-france-ou-en-europe-la-decision-publique-se-fait-sur-la.html

    http://fortune.fdesouche.com/17013-%C2%ABl%E2%80%99europe-une-multinationale-le-pouvoir-sans-controle-des-grandes-entreprises-%C2%BB

    (la liste des financiers dans le première administration Obama) http://fortune.fdesouche.com/6578-societe-generale-comment-se-preparer-a-un-%c2%ab-effondrement-mondial-%c2%bb/comment-page-1#comment-2588

    Et c’est logique, car le libéralisme économique, idéologie de la lutte de tous contre tous, aboutit nécessairement à la victoire des forts sur les faibles, des gros sur les petits, jusqu’à ce qu’ils restent ensemble, oligarchies peu nombreuses s’appuyant sur des sphères de pouvoir et sur un mécanisme que j’appelle la tenaille :

    http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2010/08/22/la-tenaille.html

    Il n’y a pas plus de libéralisme économique qu’il n’y a eu de communisme. Dans les deux cas, les utopies fondatrices se sont simplement heurtées au mur de la réalité. Et seuls les adeptes de ces idéologies feignent de ne pas voir ce qu’il en est concrètement.

    Bref, c’est bien joli de parler sans fin de la théorie.

    Un beau jour, il faut bien se rendre compte que le réel ne correspond pas.

Rétroliens

  1. Pouquoi je suis moyennement libéral: le libéralisme des moeurs (3/3) « La droite d'avant
  2. Le conseil en stratégie, l’autre plaie du monde moderne « La droite d'avant

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