Pourquoi je suis moyennement libéral: le libéralisme politique (1/3)

Il est de bon ton en France de s’afficher anti-libéral. Que l’on soit socialiste (souverainiste ou internationaliste) ou monarchiste, on arrive à se mettre rapidement d’accord sur une critique acerbe du libéralisme. Je suis pour ma part moyennement libéral, dans la mesure où je ne partage pas toute la critique du libéralisme.

Je vais distinguer trois types de libéralismes:

  • le libéralisme politique
  • le libéralisme économique
  • le libéralisme moral

Pour le libéralisme politique, je vais reprendre la définition de Charles Gave, reprise par Skandal :

LE principe fondamental du libéralisme est donc que le droit régit TOUT et est supérieur à TOUT. Dans un monde organisé selon une philosophie libérale, le droit est le cœur même du système ainsi qu’on le voit aux USA où le Président lors de son intronisation jure de respecter la Constitution des États-Unis, cette Constitution étant, comme chacun le sait, la clef de voute de tout le système juridique, légal et économique aux USA.

Je suis d’accord sur le principe. Mais trois questions subsistent:

  • Qui décide ou vote cette loi? Cette constitution?
  • Qui contrôle que le gouvernement n’outrepasse pas ses droits?
  • Comment savoir si cette loi de base est bonne? (droits naturels, in-nocence, etc.)

J’ai l’impression que les Français ont trop de respect pour les Institutions pour réellement contrôler le pouvoir. Notre tolérance au mensonge est trop grande.

Je citerai à nouveau cette phrase trouvée chez Aristide, prononcée par un certain Gouverneur Morris, ambassadeur des Etats-Unis en France de 1792 à 1794.

« Chacun s’accorde à dire qu’il y a ici un total abattement des mœurs, mais cette position générale ne pourra jamais faire sentir à un Américain le degré de dépravation [des Français]. C’est avec un matériau si friable que le grand édifice de la liberté doit être érigé. … Il y a un principe fatal qui traverse tous les rangs de la société. C’est la parfaite indifférence à la violation de ses engagements. L’inconstance est tellement mêlée au sang, à la moelle, et à toute l’essence de ce peuple, que lorsqu’un homme important et de haut rang rit aujourd’hui de ce qu’il affirmait sérieusement hier, cela est considéré comme étant dans l’ordre naturel des choses. … La grande masse des gens du peuple n’a pas d’autre religion que ses prêtres, pas d’autre loi que ses supérieurs, pas d’autre moralité que son intérêt. »

Le libéralismeDéclaration des droits de l'homme politique est donc un concept intellectuellement plaisant, mais qui me semble peu adapté aux tréfonds de l’âme française. En quelque sorte, Vincent Peillon a raison de dire que le catholicisme est contre-révolutionnaire. Notre moralité est collective, nous n’avançons qu’encadrés, nous faisons confiance aux Institutions plus qu’aux individus. La morale protestante est plus individuelle, l’exigence personnelle est plus forte. Le protestantisme est plus favorable à l’éclosion d’une réelle démocratie libérale. Et c’est d’ailleurs pour cela que le corps social l’avait vivement combattu à l’époque (une guerre tout sauf religieuse).

De plus, pour avancer, le peuple français a besoin d’une transcendance. Nous avons besoin d’être habités pour faire de grandes choses. Sinon, nous tombons dans la facilité, l’arrogance, l’insigne crasse. Les Allemands, après leur victoire éclaire de mai-juin 1940, avaient écrit dans leur rapport que « le soldat français est un lion dirigé par des ânes ». Tant que notre système politique engendrera des ânes, nous serons condamnés à la médiocrité.

Enfin, les contre-pouvoirs n’existent pas. La justice vient de le prouver dans la condamnation de Nicolas Busse. Cette condamnation, légitime au regard des textes de loi, semble démesurée par rapport à la pratique courante de la justice. Les médias sont aux ordres, il suffit de regarder les intentions de vote des journalistes, ainsi que le traitement habituel des affaires courantes, pour se rendre compte que les journaux en France forment une presse d’opinion plus que d’investigation.

En conclusion, je dirais que le dynamisme de la France n’est qu’un multiplicateur de la valeur de son chef. Et comme, pour citer Volkoff, les qualités requises pour se faire élire sont diamétralement opposées à celles requises pour gouverner, j’ai des doutes quant à un sursaut de la France dans le cadre des institutions républicaines.

Je reviendrai sur le libéralisme économique dans un prochain billet. Pour essayer de montrer que l’on peut aimer à la fois Hayek et Colbert (ça risque d’être compliqué!)

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Catégories :Economie, Idéologie

11 réponses

  1. Si vous le permettez, j’aimerais dire un mot sur cette citation de Gouverneur Morris, pour éviter de possibles malentendus.
    Ce que Gouverneur Morris incrimine ce n’est pas le tempérament éternel des Français, c’est l’Ancien Régime finissant. Ce n’est pas quelque chose dans l’eau qu’ils boivent ou dans l’air qu’ils respirent qui rend les Français ainsi, c’est avant tout leurs institutions, leur régime politique comme on disait avant.
    Bref, pour lui les Français ne sont pas prêt à se gouverner eux-mêmes, mais cela ne signifie pas qu’ils ne le seront jamais.

    Par ailleurs, puisque je suis là, votre distinction entre les trois formes de libéralisme est compréhensible puisque ceux qui se disent libéraux se sont plus ou moins scindés en « écoles » distinctes, mais elle est en définitive inopérante. Tous les aspects sont liés, et ce qui est premier c’est ce que vous appelez le libéralisme politique.
    Le libéralisme est d’abord un certain projet de gouvernement. Le reste en découle.
    Et pour répondre à vos trois questions, il faudrait que vous lisiez Le Fédéraliste.

    • Je vous permets tout, puisque vous êtes à l’origine de cette citation, et que je vous en suis gré, à votre corps défendant!

      Ce qui m’a marqué dans cette citation, c’est justement son actualité. Notre rapport au mensonge par exemple n’a pas changé depuis ce temps-là. Comment un peuple peut-il contrôler ses gouvernants si ceux-ci se moquent ouvertement de nous et que nous continuons à les réélire constamment?

      Je crois à la permanence de certaines caractéristiques chez les peuples. J’ai vécu longtemps à l’étranger, demandez à des anglo-saxons comment ils définiraient le style managérial français. Monarchique vous diront-ils.

      J’aime bien étudier les Anglais, si différent de nous, incroyablement courageux, plein de retenue la journée, mais pris d’une irrésistible envie de boire, de retourner à l’état primitif, de casser le carcan de politesse et se lancer dans des torrents d’insultes, des bagarres improbables contre les videurs, et de repartir à l’attaque malgré un nez cassé et de faibles chances de succès. Combien de fois avez-vous l’équipe de rugby anglaise abandonner, même menée au score?

      Je crois à l’esprit des peuples, à leur génie propre. Le rôle de la politique est de donner le meilleur cadre possible à chaque peuple, adapté à ses caractéristiques propres, plutôt qu’aux constructions intellectuelles formelles.

  2. Tout le problème du libéralisme, tout au moins dans sa version française réside bien dans les trois questions que vous posez : qui décide, qui contrôle, quelles sont les bases ?
    Parce c’est tout cela qui est vicié. On peut en première analyse se rallier au principe, mais certes pas à son application .

    En fait la question qui est sous entendue, c’est bien de savoir quels sont les idéaux qui fondent cette société.
    Le libéralisme comme la démocratie ne sont viables que dans un environnement chrétien où existent la défense du faible, la soif de justice et d’équité .
    Dès que l’on abandonne ces principes, c’est rapidement le retour à la jungle où la loi du plus fort s’impose à court terme (d’où la notion de libéralisme sauvage) .
    Or les libéraux aspirent à la suppression de la religion, la chrétienne en particulier, frein à sa mise en œuvre, partant il crée les conditions de sa disparition.

    • Ayant été libéral un court temps, j’avais scandalisé, au cours d’une réunion publique, les invités en affirmant qu’au fond la monarchie était très certainement la meilleure forme de gouvernement. Le libéralisme y serait tempéré par les vertus chrétiennes.

      Car je suis clairement anti-libéral dès lors qu’il s’agit d’en faire un système. C’est d’ailleurs là que réside la plus grande faiblesse des libéraux, ce sont des idéologues comme les autres. D’ailleurs, il suffit de les avoir côtoyés quelques temps pour s’apercevoir que leurs querelles de chapelles, leur recherche de la pureté idéologique a bien plus à voir avec les tribulations des maos & trotskos des années 60/70 qu’ils ne veulent bien l’admettre.

      Autre point amusant, leur recherche du premier libéral. Pour certains Jésus serait celui-ci. Pour se gausser ensuite des kémites pour qui toutes les grandes figures de l’antiquité, Jésus compris, c’est décidément une manie, auraient été noires.

      Que le libéralisme propose des pistes fructueuses, c’est à mon sens indéniable. Néanmoins, il convient de tenir compte de la réalité, des particularismes propres à chaque peuple, et autres contingences qui doivent imposer de le tempérer.

      • Le libéralisme tempéré par les vertus chrétiennes, en somme par une morale digne de ce nom.
        J’ai l’impression que nous avons là le meilleur système qui puisse exister. Mais il ne rendrait sans doute pas service à ces satanés amateurs de fric et de pouvoir.

      • @Pierre,
        le mot « satanés » que vous employez me semble des plus judicieux en effet!

  3. Mes compagnons !!! J’aime beaucoup vos commentaires qui démontrent surtout une chose : le libéralisme, qu’il soit politique, économique ou moral est finalement une utopie. Néanmoins tenter d’y parvenir me semble être un bel objectif.

    @Paul-Emic, les libéraux ne veulent pas de la disparition de la religion, car chacun doit pouvoir croire en ce qu’il veut tant qu’il n’empiète pas sur les autres.

    Quand aux questions de Doitedavant : « qui décide, qui contrôle, quelles sont les bases ?  » elles sont effectivement la base. Commençons par supprimer l’ENA et le statut de fonctionnaire puis passons à une démocratie représentative (donc proportionnelle) et nous aurons déjà pas mal avancé.

    • Est-ce qu’une démocratie directe peut fonctionner dans un grand pays? Je crois que nous devrions faire plus de référendum pour court-circuiter la caste politique

    • mais justement la religion ne peut pas supporter le libéralisme puisque chacune détient la Vérité, donc a contrario, le libéralisme ne peut pas supporter les religions, bien qu’il ait profité de la tolérance de la religion chrétienne pour se développer. Il est évident que le libéralisme n’est pas né sous l’islam.
      Quant à la fameuse limite, mes libertés sont bornées par celles de l’autre, c’est une pure utopie puisque dans la réalité il ne s’agit que d’un simple rapport de force, une sorte de retour à l’état de nature, tout ce contre quoi se sont constituées et les religions et les États.

Rétroliens

  1. Pourquoi je suis moyennement libéral: le libéralisme économique (2/3) « La droite d'avant
  2. Pouquoi je suis moyennement libéral: le libéralisme des moeurs (3/3) « La droite d'avant

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