Nicolas Sarkozy n’est pas le candidat idéal de la droite

J’avoue avoir voté pour Nicolas Sarkozy en 2007. Non pas mollement, comme j’avais pris l’habitude de le faire depuis ma majorité, mais avec une réelle conviction que ce vote apporterait un changement profond à notre pays. Je me souviens de la brillante campagne du candidat, qui avait réussi à unir les trois droites, bonapartiste (« on va vous débarrasser des racailles au Karcher »), orléaniste (travailler plus pour gagner plus, le bouclier fiscal) et légitimiste (liquider l’héritage de mai 68).

A l’heure des bilans, malgré d’incontestable succès, je reste extrêmement déçu par sa présidence. Oui, il est incomparablement meilleur que le président actuel, et que les deux autres candidats Copé et Fillon. Cela ne devrait pas être une raison suffisante pour se ranger derrière son étendard, dans la mesure où Nicolas Sarkozy a cumulé trois erreurs que je pense fondamentales.

1. Les erreurs de comportement

Au-delà du Fouquet’s (dîner avec les patrons du CAC40 quand ses électeurs l’attendent dans la rue, j’avais trouvé ça moyen), du yacht de Bolloré (et moi qui pensait qu’il partirait « habiter la fonction » dans le massif de la Grande Chartreuse, solitaire, le front lourd, le sourcil grave, devant les cimes enneigées… pauvre de moi), les photos de l’arrivée des enfants à Élysée m’avaient sérieusement refroidi. La famille « moderne », avec « les miens, les tiens, le nôtre », les deux grands dadets à la longue chevelure blonde, grosse montre brillante au poignet, les filles avec leurs têtes de boîte de nuit internationale, prenant la pose devant le journaliste de Gala et Paris Match, je me disais qu’on commençait une principauté à la Grimaldi (vous voyez, ceux dont la jeune princesse sort avec un comique), mais en pire. C’est dire.

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Apprendre quelques semaines plus tard la « grippe blanche » de Cécilia aux États-Unis, préférant aller dans des boutiques de luxe plutôt que de rencontrer les Bush, puis son départ avec Richard Attias, homme insignifiant de la communication, avaient fini de me convaincre que l’homme Sarkozy ne serait pas l’auteur d’une vraie renaissance de la France. Son bilan dans le domaine est en effet plus que léger.

2. L’absence d’avancée forte

On peut louer l’activisme de Nicolas Sarkozy, mais au service de quoi?

Qu’a fait Sarkozy pour assécher les médias, notamment le service public, qui ne cessent avec les deniers publics de cracher, mépriser et insulter les beaufs, les pas à la mode, les cathos, les patrons, les provinciaux, les honnêtes, les humbles? A-t-il supprimé les avantages fiscaux, les subventions à la presse malade que personne ne lit plus?

Qu’a fait Sarkozy pour démanteler l’Éducation Nationale, ses bataillons d’idéologues à la Vincent Peillon qui veulent arracher les enfants à tous déterminismes (c’est-à-dire les arracher … à vous), qui enseignent la détestation de la France, la repentance tous azimuts, et la promotion de la fonction publique comme tout horizon professionnel? A-t-il initié une refondation de l’Instruction Publique, dont le but louable serait d’enseigner à nos enfants à lire, écrire et compter?

Qu’a fait Sarkozy pour casser les syndicats actuels, qui ne représentent rien, qui bloquent tout et sont incapables de négocier le moindre accord constructif? A-t-il changé quoique ce soit dans leur financement, leurs prérogatives, leurs magouilles?

Qu’a fait Sarkozy pour revenir sur les 35 heures, soi-disant mère de tous les problèmes de la France, au lieu d’y faire des aménagements?

Qu’a fait Sarkozy pour cesser la politique de décentralisation, qui empile les structures pour faire plus de postes de politiciens, plus de fonctionnaires territoriaux, plus de contrats avec rétrocession de marge, et surtout plus de dettes?

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy (Photo credit: Wikipedia)

Qu’a fait Sarkozy pour arrêter l’inflation des lois, qui a vu le Code du Travail enfler de 400 à 3000 pages en 30 ans, où chaque événement émotionnel donne lieu à une nouvelle loi, au lieu de tailler, refonder notre droit, et obtenir une égalité réelle?

Qu’a fait Sarkozy pour stopper l’invasion de la fonction publique, son rôle et sa différence de traitement par rapport au secteur privé?

Qu’a fait Sarkozy pour la famille, en renforcer le rôle de cellule stable de la société, à part faciliter le divorce et nous coller Morano comme ministre?

Qu’a fait Sarkozy pour endiguer l’immigration, en changeant le code de nationalité, révisant la politique de visa, le regroupement familial, ou même en autorisant les statistiques ethniques pour traquer l’intégration sociale et économique, au lieu de braquer une partie de la population contre une autre (les Français de fraîche date, tous assimilés aux racailles, délinquants et profiteurs du système social)?

Qu’a fait Sarkozy pour sauver le régime des retraites, à part y mettre quelques rustines qui commencent déjà à craquer?

Plus largement, qu’a fait Sarkozy pour contrer la gauche idéologique, en revenant sur une mesure symbolique, pour monter qu’il n’y a pas de sens à l’histoire? Que ce soit les 35 heures, la parité, les lois mémorielles, la politique familiale, l’avortement, le regroupement familial, la peine de mort, Sarkozy avait l’embarras du choix. Et pourtant, il n’a rien fait.

On me rétorquera que je sous-estime les conservatismes dans ce pays, et qu’il a fait tout ce qui était possible de faire. Nicolas Sarkozy a juste négligé l’arme de destruction massive à la disposition de la droite, le référendum.

3. L’abandon du référendum

Et c’est là le péché originel de Sarkozy, c’est de s’être assis sur le référendum de la Constitution Européenne. Pour lutter contre les conservatismes, et prouver que le peuple veut retrouver sa souveraineté en se débarrassant de la clique médiatique, la droite doit utiliser le référendum, tout le temps.

On raconte que l’abolition de la peine de mort fut votée contre la majorité des Français, et qu’il en est ainsi de toutes les avancées « sociétales ». Il est vrai que le peuple s’habitue à ses « avancées », et ne revient jamais dessus. Qui peut prétendre que Sarkozy aura le courage de revenir sur la loi Taubira s’il revenait au pouvoir? Moi, je ne m’habitue pas à ces avancées, et je crois que le peuple se réhabituera très vite si l’on revenait en arrière sur quelques sujets majeurs. Mais Nicolas Sarkozy a peur, peur du jugement médiatique des cercles parisiens. Il est prisonnier idéologique de la gauche, malgré toutes ses vociférations.

C’est pourquoi je ne pense pas qu’il soit un bon candidat pour la droite.

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Catégories :Idéologie

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5 réponses

  1. Pour ce qui est du referendum, le problème c’est que les français sont des veaux et ont la fâcheuse tendance à ne pas répondre à la question qu’on leur pose.
    Sarkozy étant rapidement devenu impopulaire entre la crise économique, ses promesses de droite non tenues et l’acharnement des médias, il était risqué de se lancer la dedans.
    Pour ce qui est du referendum de 2005, même s’il a « volé » le peuple c’était une bonne décision.
    Jamais Chirac n’aurait du faire un referendum sur cette constitution qui était une avancée indispensable : il n’était pas possible de rester dans une Europe aussi bloquée. Personne n’a d’ailleurs lu cette constitution assez peu compréhensible.
    S’il avait du faire un referendum c’était « Pour ou Contre la France restant en Europe ».
    C’est d’ailleurs à cette question que les français ont majoritairement voté, ça plus voter contre Chirac, impopulaire alors qu’il ne faisait rien 🙂
    Pour les 35 heures c’est vrai aussi qu’il n’a pas eu le courage de les retirer, mais comme les français sont contaminés par l’individualisme gauchiste, il aurait été difficile de faire passer cette loi sans se retrouver avec un pays bloqué.
    Il est vrai qu’il aurait fallut démanteler les subventions accordées aux syndicats, qui ne devraient vivre qu’avec les cotisations de leurs membres.
    Les heures supplémentaires défiscalisées était un compromis assez correct cela dit.
    Je ne suis pas pour le référendum à tout bout de champs.
    Cela doit rester un moyen exceptionnel pour des questions SIMPLES et IMPORTANTES. Auxquelles on ne peut répondre que par OUI/NON sans nuance possible.
    Je le répète mais le gauchisme ambiant a rendu les français individualistes, et ils voteront toujours pour leur intérêt personnel à court terme avant l’intérêt collectif à long terme.
    Un referendum sur les 35 heures ne passerait donc pas.
    Nous ne sommes pas la Suisse où en expliquant tranquillement à un peuple intelligent que pour améliorer la productivité il ne faut pas plus de vacances ces derniers votent NON à l’augmentation de ces vacances.
    Sarkozy ni personne à l’UMP ne reviendra sur le mariage pour tous, ce serait à nouveau diviser la France pour quelque chose qui si c’est important symboliquement au final ne changera pas grand chose à court terme (si ce n’est ouvrir la porte à la PMA et la GPA puis à la polygamie), mais électoralement ce serait peu rentable, surtout pour un parti qui a en son sein du centre droit qui est assez proche du PS…
    La seule chance qui pourrait arriver serait que MLP soit 1er au 1er tour, loin devant Sarkozy.
    Ce qui l’obligerait à aller sur son terrain pour espérer gagner…
    La seule chose qui me fait peur personnellement serait que la montée du FN qui fera un score énorme en 2017, serve au final la gauche si jamais on se retrouve avec un second tour Hollande/MLP.
    L’UMP n’aura pas le courage d’appeler à voter pour MLP et même s’ils le faisaient une bonne partie des électeurs ne suivraient pas, conditionnés depuis des décennies par les médias à penser que le FN est une menace fasciste.
    Mais on ne sait jamais, je me laisse rêver à l’arrivée d’un Viktor Orban en France…

  2. « S’il avait du faire un référendum c’était « Pour ou Contre la France restant en Europe ». »
    La réponse à cette question fut clairement non.
    L’occasion de remettre à plat la question de l’Europe, plutôt que de continuer la fuite en avant.

    « Cela doit rester un moyen exceptionnel pour des questions SIMPLES et IMPORTANTES »
    Entièrement d’accord. J’ai l’impression que nos chers gouvernants veulent justement éviter les questions simples et importantes. Europe, immigration, décentralisation, changements « sociétaux », beaucoup de sujets peuvent être soumis à référendum. Comme ils se doutent de la réponse, ils ne posent pas la question.

    • « La réponse à cette question fut clairement non. »
      Et bien il aurait fallut poser cette question alors.
      Mais à la question très technique de 2005 qui aurait pu se résumer à « voulez vous une meilleure Europe ou rester dans des blocages éternels » il n’était pas judicieux de faire un référendum.
      Pour ma part pro-européen convaincu j’ai bien peur que la méthode actuelle soit un échec et je pense qu’il serait préférable de faire une Europe des nations.
      Pour l’Europe fédérale on verra malheureusement plus tard…

      • La question que vous donnez en exemple est en effet trop vague. Tout le monde veut « une meilleure Europe », reste à définir ce que cela veut dire.
        Je suis pour ma part pour une Europe des projets, qui n’impose aucune norme à ses états membres.
        Bref le retour aux sources (mais vous vous doutiez bien que je trouvais ça mieux … avant) 🙂

Rétroliens

  1. Le salut viendra de l’UMP, malheureusement | La droite d'avant

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