Immigration et République – suite

Si donc la Nation est une réalité incarnée (comme présenté dans le précédent billet), c’est qu’elle n’est qu’une extension naturelle de la famille. La famille est un lieu naturel de « solidarité ». Aider ses enfants, son frère ou ses parents dans la difficulté n’est pas perçu comme une taxe sur son bien personnel, mais plutôt comme la mise à disposition de ce bien personnel au service du bien commun. C’est une des bases de la famille, et c’est que qui constitue la base de la société; le don gratuit est ainsi le signe d’une fraternité réelle. Ce serait même le commencement de la société, le signe tangible que les différents membres se perçoivent comme membres d’un même corps.

La critique moderne de cette approche est que la société devient exclusive. Les protestants du XVIe au XVIIIe siècle étaient soit tolérés, soit pourchassés. Il est évident que les querelles n’étaient pas théologiques mais quasi physiques. Comment des membres d’un même corps peuvent prétendre à plus d’autonomie, à s’affranchir des médiateurs que sont le clergé et finalement remettre en cause le Roi, pierre angulaire de cette société?

Cette vision de la société a été parfaitement illustrée par Vladimir Poutine dans un récent discours: « la Russie n’a pas besoin de ses minorités ». Toute minorité n’est qu’au mieux tolérée, son avenir et sa sécurité ne dépendent que du bon vouloir du gouvernement, reflet de la majorité, incarnée dans la Nation. Ainsi, toute personne qui ne joue pas le jeu (qu’il soit arnaqueur à la Sécu, salarié protégé ou barbu sécessioniste) voit sa place dans la société mise à mal.

Il devient alors particulièrement incohérent pour tout bon réactionnaire de se plaindre de la purification religieuse en Egypte. Les coptes sont perçus comme des dissidents, ils ne sont plus tolérés par l’expression démocratique de la majorité. Les Egyptiens dans leur diversité ne se percevant pas comme un corps, la majorité est en train de régler le cas des minorités. On ne peut raisonnablement se plaindre de l’extermination en cours au nom de principes que nous combattons dans notre pays.

Ainsi, dans l’inconscient du peuple français, les immigrés sont tolérés. Ils doivent faire profil bas jusqu’à se fondre dans la société, devenant membre du corps social. On ne trace plus les origines espagnoles ou polonaises de tel ou tel français, dans la mesure où ce fait n’influe en rien dans leurs décisions, choix politiques, familiaux, etc. Toute revendication culturelle ou religieuse d’une minorité rappelle alors au peuple que cette minorité n’appartient pas au corps social, ralentissant ainsi le processus de « fusion ». La mise à disposition du bien personnel au service du bien commun est alors perçu comme une taxe, un injuste effort pour des minorités qui ne montrent en retour pas assez de reconnaissance.

Ce raisonnement s’applique par exemple aux lobbys homosexuels. Pour le réactionnaire, cette minorité est protégée par la majorité de la violence et de la discrimination. Le fait que cette minorité réclame des droits particuliers renforce en retour la méfiance que la majorité a envers elle. Il faut imaginer l’émoi qu’avait suscité en France la constitution de places de sûretés pour les protestants (La Rochelle et Montauban, entre autres, devenant des villes protestantes, faisant ainsi sécession du Royaume). Cette mise à l’écart a accéléré la fin du protestantisme en France comme puissance agissante. De la même façon, il est à craindre que les actes malveillants à l’encontre des personnes homosexuelles se développent en France. Et que le Marais finisse assiégé comme le fut La Rochelle.

La situation est à peu près la même pour les enfants issus de l’immigration africaine et souvent musulmane. Les « zones de non-droit » sont devenues ces mêmes places de sûreté, les revendications de quelques barbus mis en scène réclamant des droits particuliers dans les hôpitaux, cantines et piscines, et enfin la confusion islam-racaille (présentée dans un précédent billet) sont autant de détonnateurs pour que le corps rejette cette greffe.

On ne peut souhaiter que cette greffe soit rejetée, car l’on parlerait d’une guerre civile bien plus sanglante que la guerre contre les protestants. Et les souffrances seraient équitablement partagées entre les différents camps.

Les conditions de cette greffe ne sont pas simples, mais je vois quelques frémissements qui me laissent optimistes; le fait de voir, par exemple, à la Manif pour Tous, des collectifs de musulmans qui défilent non pas pour leurs droits, mais pour ceux des enfants à venir de notre corps social, est un signal très positif. C’est un don gratuit, un geste désintéressé, à l’adresse des membres du corps social qui renforce la fraternité réelle entre les membres du corps. De plus, le fait que ces Français musulmans ajoutent d’autres dimensions à leur identité (ils sont musulmans et engagés dans la lutte contre la loi Taubira) est un facteur d’apaisement et donc d’intégration.

En termes de priorité, il serait plus important d’accuser les chirurgiens qui ont tenté cette greffe, espérant probablement que le corps en meure. Quelles étaient leurs motivations pour détruire le corps social français? Et quel serait leur réaction si, par miracle, cette greffe réussissait, et quel le peuple uni, la Nation, se dresse contre eux et les mène à l’échafaud? Cette ironie de l’histoire serait, à n’en pas douter, un délice de fin gourmet.

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Catégories :Immigration, Société

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