Islam, identité, blabla…

Je suis effaré lors des discussions avec des amis de droite sur la prégnance du sujet sur l’Islam, l’insécurité, les zones de non-droit, l’immigration, l’ensemble mélangé dans une confusion des plus sarkoziennes. J’essaierai d’aborder ces sujets dans différents articles, pour montrer que la droite est enfoncée dans une ornière idéologique.

Tout d’abord, sur l’Islam, je vois trois débats différents:

1. le débat purement légal: est-il possible d’être un bon citoyen et d’être musulman?

Il me semble que des millions de nos concitoyens de confession musulmane, qui n’ont jamais eu le moindre démêlé avec la justice, sont la preuve que la réponse à cette question est OUI.

2. le débat purement social: est-ce que le fait d’être musulman rend plus difficile l’intégration dans la société?

Par intégration dans la société, j’entends la possibilité d’avoir accès à un boulot, de fonder une famille ou non, et de vivre de façon apaisée avec ses concitoyens.

Cette question-ci est plus difficile dans la mesure où elle mélange Islam et identité. L’immense majorité des musulmans de France ont des prénoms arabes, considérés (souvent à tort) comme des prénoms musulmans. C’est un fait reconnu par plusieurs études qu’il est plus difficile, à qualification égale, d’obtenir un boulot quand on s’appelle Ahmed et que l’on vient d’un quartier dit sensible. Donc il est plus difficile, dans l’état actuel, de s’intégrer en ayant un prénom musulman.

Par ailleurs, il y a une surfocalisation dans la presse française et étrangère sur les individus extrémistes (non dans le sens théologique, mais dans le sens social). Ceux-là contrôlent facilement leurs coreligionnaires supposés en faisant le même amalgame que les belles âmes dénoncent: ce n’est pas parce que l’on a un nom à consonance arabe, ou que nos aïeux sont originaires d’un pays à très large majorité musulmane que l’on est forcément musulman. Ces extrémistes mettent en place un contrôle social sur leurs supposés coreligionnaires pour vérifier qu’ils respectent les aspects sociaux de la religion (respect des interdits alimentaires, respect du jeûne, présence à la prière). La concentration des Français de confession musulmane dans certaines zones rend évidemment ce contrôle plus aisé. Il semble donc plus difficile à un musulman de s’intégrer dans la société, soit par une sorte de « racisme » ordinaire, soit par la pression de quelques extrémistes sociaux.

3. le débat purement théologique: l’Islam porte-t-il, par essence, une volonté de violence, de domination et de soumission?

J’avoue mes limites sur le sujet. Je trouve néanmoins difficilement compréhensible que quelques hommes politiques se soient aventurés sur ce terrain piégeux. La théologie musulmane est suffisamment riche et complexe (la difficulté de traduction, les versets abrogés, hadiths, traditions sunnites et chiites, etc.) pour que les non-spécialistes l’abordent avec humilité.

Je trouve toujours étrange que lors des débats sur l’Islam, ces trois niveaux (légal, social et théologique) soient mélangés en permanence, et que la confusion qui en sort soit ressentie comme de la méfiance, de la discrimination et in fine de « l’islamophobie » par nos concitoyens musulmans.

Par exemple, quelle que soit mon impression sur Tariq Ramadan, je ne vois rien dans son approche qui mette en danger la question légale, et il est plutôt apaisé sur la question sociale.

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Tariq Ramadan (Photo: Wikipedia)

Sur la question théologique, on essaie de le vendre comme un extrémiste en mettant en face de lui Abdelwahab Meddeb, auteur consensuel promu par France Culture qui a une légère tendance à jouer contre son camp pour continuer à exister. Bref, tel Pilate, je ne vois aucune raison objective de condamner Tariq Ramadan.

Éléments de réponse sur la question sociale

J’abandonne la question légale, dont la réponse me semble claire, et la question théologique, qui est trop complexe, pour me concentrer sur la question sociale.

Il pourrait y avoir des politiques contraignantes, que ce soit de mettre en place une discrimination positive (même si cela devait remettre en cause quelques principes fondamentaux, genre que les citoyens sont égaux), une mixité géographique (par l’obligation d’avoir un pourcentage de logements sociaux dans chaque commune) ou une communication institutionnelle proche du bourrage de crâne dès l’école pour casser les préjugés sociaux, religieux et ethniques.

Ces politiques, en plus d’emmerder tout le monde, ont fait la preuve de leur inefficacité. Je crois plus qu’une parfaite maîtrise de la langue française et le choix du prénom font plus pour faciliter l’intégration sociale que toutes les politiques volontaristes, soit clivantes, soit couteuses, et souvent les deux à la fois.

Je reviendrai sur la maitrise de la langue française dans un article sur l’Éducation Nationale. Pour les prénoms, la France a longtemps été très libérale. Mais comme seule l’Église Catholique puis l’Eglise Protestante tenaient des registres (baptême, mariage, décès), la question ne se posait pas, même si les Protestants ont réintroduit beaucoup de prénoms bibliques (Sarah, Moïse, etc.). A la révolution, l’article 1er de la loi du 11 germinal an XI précisait que :

« Les noms en usage dans les différents calendriers et ceux des personnages connus dans l’histoire ancienne pourront seuls être reçus, comme prénoms, […] et il est interdit aux officiers publics d’en admettre aucun autre dans leurs actes ».

On ne pourrait pas accuser la jeune République d’être réactionnaire ou papiste. le fait que la majorité des prénoms soient largement utilisés par les chrétiens n’entrait pas en ligne de compte. Beaucoup de prénoms français n’ont d’ailleurs aucune connotation religieuse (François veut dire le Français, et son origine est étrangère). Cette loi fut élargie par une instruction ministérielle du 12 avril 1966 pour autoriser les prénoms régionaux, les variations d’orthographe et les surnoms courants.

C’étaient de bonnes lois, mais ça, c’était avant.

Certains voient ces lois comme une restriction des libertés individuelles ou des provocations à l’égard de nos concitoyens issus de cultures différentes. Mais les questions que je poserais aux Français de confession musulmane (mais pas que, les Français de confession juive donnant de plus en plus de prénoms hébreux à leurs enfants, quand leurs parents s’appelaient Michel ou à la limite Michael; et que plus largement, ça part en sucette dans toutes les couches de la société):

  • Dieu a-t-il créé toutes les ethnies et toutes les langues?
  • la religion musulmane est-elle universelle ou est-elle une religion arabe?
  • les prénoms des enfants pakistanais sont-ils différents de ceux des enfants marocains? cela les rend meilleurs ou moins bons musulmans?

Je comprends les besoins de trouver un prénom proche de sa culture d’origine, qui résonne avec son histoire familiale. Mais est-ce vraiment rendre un service à cet enfant que de lui donner un nom qui va rendre son intégration sociale plus difficile?

Je reviendrai prochainement sur l’immigration dans un article intitulé « Les racailles sont des victimes (sans rire) »

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2 réponses

  1. Pour moi le soucis vient du fait que nos sociétés étaient bâties autour de la religion, par la religion.
    Nos traditions, nos valeurs, nos lois en sont issues, et même si aujourd’hui nous sommes un pays laïque, nous sommes de tradition catholique.
    Introduire une autre religion antagoniste en grand nombre, par des pratiquants qui le sont plus que les « locaux » et qui sont plus véhéments ne peut que poser problème.
    Pour exemple je veux prendre les émirats arabes unis où je suis souvent allé.
    Ces pays sont musulmans, officiellement, pas laïques pour un sou, composés à 90% d’étrangers en général de religions différentes. La charria est la loi, l’islam règne en maitre même si les autres religions sont acceptées tant qu’elles se font discrètes.
    Et tout se passe bien. Pas de racailles, pas de délinquances, respect de l’islam par tous.
    L’islam n’est même pas intrusif puisqu’il fait parti intégrante du quotidien.
    Hormis les fêtes religieuses, les appels à la prières, le fait de ne trouver de l’alcool que dans certains hôtels, de ne pas avoir de porc dans les plats, de devoir s’habiller correctement, que ce soit hommes ou femmes, on peut vivre exactement comme dans n’importe quel pays occidental.
    Le laxisme gauchiste depuis mai 68, la tolérance envers les criminels les plus abjects, l’éternel repentance, le fait de cracher sur son histoire, nier l’héritage catholique historique de la France n’a fait que faire sombrer la France au plus profond…

  2. Vous avez raison de dire que nous ne sommes pas complètement innocents dans ce désastre.
    Nous avons tendance à reprocher à nos adversaires de se livrer à de basses manœuvres pour que le pays s’effondre. Cela nous évite de réfléchir à notre propre contribution à cette chute.
    Comme demander à des immigrés de s’assimiler à notre culture quand notre modèle est devenu la consommation?
    Comment hurler de voir les églises détruites quand personne n’y met plus les pieds?
    Comment s’indigner de la politique familiale quand nous divorçons à tour de bras, que nous n’élevons plus nos enfants?
    L’irruption de l’islam dans le paysage politique français est principalement dû au vide que nous avons laissé

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